dimanche, octobre 25, 2026

RDC:Dé-dollariser le Congo, entre audace monétaire et révolution économique

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La décision de la Banque centrale du Congo (BCC) d’engager, à l’horizon 2027, une politique visant à mettre fin à la circulation des devises étrangères dans les transactions domestiques continue de susciter de vifs débats. Entre inquiétudes, critiques et espoirs, les réactions se multiplient. Parmi elles, celle de l’économiste et stratège Monsieur Al-Kitenge retient particulièrement l’attention par son approche dépassionnée et sa vision structurelle des enjeux.

À rebours des polémiques, Al-Kitenge refuse de réduire le débat à une confrontation de personnes ou à une bataille politique. « Ceci est une guerre des personnes sans intérêt », affirme-t-il, invitant ainsi les observateurs à quitter le terrain de l’émotion pour celui de l’analyse économique. Son propos soulève une interrogation essentielle : la dé-dollarisation de l’économie congolaise peut-elle être jugée uniquement à l’aune des difficultés immédiates, ou doit-elle être comprise comme une transformation profonde de l’économie nationale ?

Le premier mérite de cette position est de rappeler qu’une réforme monétaire d’une telle ampleur ne produit jamais des résultats instantanés. Selon Al-Kitenge, « l’actuel gouverneur se lance hors des sentiers habituels », rompant avec plusieurs décennies d’une gestion où la dollarisation était progressivement devenue une norme plus qu’une exception. Il appelle donc à laisser le temps aux réformes de produire leurs effets, observant que les premiers indicateurs semblent évoluer sans les catastrophes annoncées par certains détracteurs.

Cette réflexion est loin d’être anodine. Depuis plus de trente ans, la République démocratique du Congo vit avec une économie fortement dollarisée, où le dollar américain remplit simultanément les fonctions de réserve de valeur, d’unité de compte et parfois même de moyen de paiement. Une telle situation limite considérablement la capacité de la Banque centrale à conduire efficacement sa politique monétaire. Le franc congolais perd alors une partie de son rôle de monnaie souveraine, tandis que l’État voit son pouvoir d’action économique réduit.

Mais l’apport le plus important de la réflexion d’Al-Kitenge réside sans doute dans son refus de considérer la dé-dollarisation comme une simple décision administrative. À ses yeux, la réussite d’une telle politique dépend avant tout d’une transformation de la structure productive du pays.

En effet, une monnaie nationale ne peut durablement inspirer confiance que si elle repose sur une économie capable de produire suffisamment de richesses. C’est pourquoi l’économiste plaide pour « une politique intensive de production locale en substitution des importations inutiles ». Derrière cette proposition se cache une logique économique classique : un pays qui importe l’essentiel de ce qu’il consomme crée une demande permanente de devises étrangères, alimentant ainsi la pression sur le taux de change et fragilisant sa monnaie.

La substitution des importations constitue donc un levier stratégique. Elle suppose toutefois bien davantage qu’une volonté politique. Elle implique des investissements massifs dans l’énergie, les infrastructures, le financement des entreprises, la logistique, la formation professionnelle et la compétitivité industrielle. Sans cette base productive, la dé-dollarisation risque de demeurer un objectif difficile à atteindre.

L’autre pilier évoqué par Al-Kitenge concerne la création de valeur ajoutée locale, notamment dans les secteurs minier et agricole. Cette idée est fondamentale. La République démocratique du Congo demeure l’un des plus grands producteurs mondiaux de matières premières, mais exporte encore largement ses ressources à l’état brut. Or, la transformation locale des minerais, tout comme celle des produits agricoles, permettrait de créer davantage d’emplois, d’accroître les recettes fiscales et surtout de générer une économie plus résiliente, moins dépendante des fluctuations des marchés internationaux.

Autrement dit, la véritable force du franc congolais ne résidera pas uniquement dans une décision réglementaire de la Banque centrale, mais dans la capacité du pays à produire, transformer et exporter davantage de biens à forte valeur ajoutée.

La troisième dimension développée par Al-Kitenge touche à la modernisation des moyens de paiement. Il estime que « la migration vers l’utilisation de la monnaie numérique résoudra la contrainte de la portabilité de la monnaie locale ». Cette proposition s’inscrit dans une tendance mondiale où les paiements électroniques réduisent progressivement la dépendance au numéraire.

Dans un pays où les difficultés logistiques liées au transport des billets demeurent importantes, le développement des paiements numériques pourrait effectivement renforcer l’utilisation du franc congolais. Toutefois, cette transition suppose plusieurs conditions : une couverture internet plus étendue, un accès fiable à l’électricité, une meilleure inclusion financière et une cybersécurité robuste. La modernisation des points marchands évoquée par l’économiste apparaît ainsi comme une priorité plus pertinente que la simple multiplication des émissions de billets.

Pour autant, la prudence reste de mise. Les économistes rappellent qu’une dé-dollarisation réussie exige une inflation maîtrisée, une discipline budgétaire constante, des réserves de change suffisantes et, surtout, une confiance durable des citoyens dans leur monnaie nationale. L’histoire économique montre que cette confiance ne se décrète pas ; elle se construit progressivement grâce à la stabilité macroéconomique et à la crédibilité des institutions.

En définitive, la réaction de Monsieur Al-Kitenge replace utilement le débat sur son véritable terrain. Plutôt que de s’enfermer dans une opposition entre partisans et adversaires du gouverneur de la Banque centrale, il invite à réfléchir aux conditions économiques qui permettront au franc congolais de retrouver pleinement son statut de monnaie de référence.

La dé-dollarisation ne saurait être une fin en soi. Elle constitue un instrument au service d’un projet plus vaste : bâtir une économie productive, compétitive et souveraine. Si les réformes monétaires s’accompagnent d’une véritable politique industrielle, agricole et numérique, elles pourraient marquer le début d’une nouvelle étape dans la construction économique de la République démocratique du Congo. Dans le cas contraire, elles risqueraient de se heurter aux mêmes contraintes structurelles qui, depuis des décennies, alimentent la dépendance du pays aux devises étrangères.

Au fond, la véritable question n’est peut-être pas de savoir s’il faut ou non dé-dollariser l’économie congolaise. Elle est de déterminer si le pays est prêt à engager, simultanément, les profondes réformes économiques qui seules permettront à cette ambition de devenir durable.

Rédaction

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