vendredi, octobre 23, 2026

Inflation maîtrisée, population appauvrie : la Banque centrale célèbre des chiffres pendant que les Congolais subissent la réalité

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À écouter la Banque Centrale du Congo (BCC), les fondamentaux de l’économie congolaise n’ont jamais semblé aussi rassurants. Une inflation annuelle contenue à 2,9 %, un franc congolais relativement stable, des réserves internationales dépassant les huit milliards de dollars et une nouvelle baisse du taux directeur censée soutenir la croissance. Les indicateurs macroéconomiques affichent une image de stabilité. Pourtant, dans les marchés de Kinshasa, de Lubumbashi, de Goma ou de Mbuji-Mayi, un tout autre diagnostic s’impose : les ménages peinent chaque jour davantage à faire face au coût de la vie.

C’est là tout le paradoxe de la politique monétaire congolaise. D’un côté, des statistiques qui rassurent les institutions financières et les investisseurs ; de l’autre, une population dont le pouvoir d’achat continue de s’éroder, sans que les décisions de la Banque centrale ne produisent d’amélioration tangible dans son quotidien.

L’inflation est certes un indicateur essentiel. Mais elle ne peut devenir le seul baromètre de la santé économique d’un pays. Car une inflation relativement faible ne signifie pas automatiquement que les ménages vivent mieux. Lorsque les revenus stagnent, que les emplois restent précaires et que les prix des biens essentiels continuent d’augmenter plus vite que les salaires, la stabilité des statistiques perd de son sens.

La Banque centrale explique la légère remontée de l’inflation par la hausse du prix des carburants et l’augmentation des coûts logistiques des produits importés. L’analyse est économiquement fondée. Mais pour les consommateurs, peu importe l’origine de cette hausse : ce qui compte, c’est qu’un panier alimentaire coûte aujourd’hui plus cher qu’hier, que le transport absorbe une part croissante des revenus et que les dépenses essentielles deviennent de plus en plus difficiles à couvrir.

Les chiffres macroéconomiques ne remplissent pas les assiettes.

Depuis plusieurs mois, la BCC multiplie les baisses du taux directeur. En théorie, cette stratégie doit encourager les banques à prêter davantage, favoriser l’investissement privé et soutenir la croissance. Mais cette mécanique reste largement théorique dans une économie où le crédit bancaire demeure inaccessible pour la majorité des entreprises et quasiment inexistant pour les ménages.

Les banques commerciales continuent d’appliquer des conditions de financement très strictes, avec des taux élevés et des exigences de garanties que peu d’entrepreneurs peuvent satisfaire. Dans ces conditions, la réduction du taux directeur ressemble davantage à un signal adressé aux marchés financiers qu’à un véritable levier de transformation économique.

Le problème est plus profond.

L’économie congolaise reste fortement dollarisée. Une large partie des transactions importantes s’effectue en devises. Les importations dominent la consommation nationale. Les coûts de transport demeurent élevés en raison des déficits d’infrastructures. Les chaînes logistiques restent vulnérables. Dans un tel environnement, la politique monétaire dispose d’une capacité d’action limitée.Autrement dit, la Banque centrale agit sur les symptômes d’une économie dont les causes profondes des déséquilibres dépassent largement son champ d’intervention.

La stabilité du franc congolais constitue certes une performance appréciable. Mais une monnaie stable ne suffit pas à améliorer le niveau de vie lorsque les revenus réels diminuent. Pour des millions de Congolais, la question n’est pas de savoir si le taux de change varie de quelques points de pourcentage. Elle est de savoir combien coûte aujourd’hui un sac de farine, un litre d’huile, un trajet en transport en commun ou une consultation médicale.

L’écart entre les indicateurs officiels et le ressenti des ménages devient ainsi de plus en plus préoccupant. Une économie peut afficher des équilibres macroéconomiques satisfaisants tout en laissant se détériorer les conditions de vie de sa population. C’est précisément le risque auquel la RDC semble aujourd’hui confrontée.

Les réserves internationales atteignent désormais plus de huit milliards de dollars. C’est une avancée importante pour la résilience financière du pays. Mais ces réserves, aussi confortables soient-elles, ne remplacent ni une politique industrielle, ni une production nationale capable de réduire la dépendance aux importations, ni des réformes susceptibles d’améliorer durablement les revenus des ménages.

La véritable question est donc moins celle de la stabilité macroéconomique que celle de sa traduction dans l’économie réelle.À quel moment cette stabilité bénéficiera-t-elle aux producteurs locaux ? Aux PME ? Aux agriculteurs ? Aux jeunes entrepreneurs ? Aux salariés ? Aux consommateurs ?

Une banque centrale ne peut évidemment pas résoudre, à elle seule, tous les problèmes économiques d’un pays. Son mandat reste centré sur la stabilité monétaire et financière. Mais lorsque les autorités présentent les performances macroéconomiques comme la preuve d’une amélioration générale de l’économie, elles s’exposent inévitablement au jugement de la réalité quotidienne.

Et cette réalité est sévère.

Les ménages arbitrent davantage leurs dépenses. Les commerçants constatent une baisse du pouvoir d’achat de leurs clients. Les entreprises voient leurs coûts de production augmenter. Les emplois formels progressent lentement. Les crédits restent rares. Les investissements privés peinent à accélérer.

La politique monétaire de la BCC a incontestablement contribué à éviter des déséquilibres majeurs ces dernières années. Elle a permis de renforcer la crédibilité de l’institution et de préserver une certaine stabilité financière. Mais une politique monétaire ne peut être considérée comme pleinement réussie si ses effets demeurent imperceptibles pour la majorité des citoyens.

La véritable réussite ne se mesurera pas uniquement au niveau de l’inflation ou des réserves de change. Elle se mesurera le jour où les ménages constateront que leurs revenus leur permettent enfin de vivre dignement, où les entreprises accéderont plus facilement au financement et où la croissance économique se traduira concrètement par une amélioration du niveau de vie.Car une économie ne peut durablement se satisfaire de bons indicateurs lorsque la population, elle, a le sentiment de s’appauvrir

Rédaction

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