dimanche, mai 17, 2026

Politique monétaire en RDC : entre stabilité bancaire et contrainte structurelle de la dollarisation

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La publication par la Banque Centrale du Congo (BCC) des données relatives aux dépôts bancaires à fin novembre 2025 met en lumière les défis techniques et structurels auxquels fait face la politique monétaire en République démocratique du Congo. Avec un encours de dépôts atteignant 15,7 milliards USD, en progression mensuelle de 1,0 % et annuelle de 6,6 %, le système bancaire affiche une stabilité relative. Toutefois, cette dynamique positive reste fortement conditionnée par une dollarisation persistante et profonde de l’économie congolaise.

Une intermédiation bancaire dominée par le dollar

La structure des dépôts révèle un déséquilibre marqué : 87,6 % des dépôts sont libellés en devises étrangères, essentiellement en dollars américains. Cette configuration limite mécaniquement l’efficacité des instruments traditionnels de politique monétaire. En effet, lorsque la majorité de l’épargne et des transactions échappent à la monnaie nationale, la capacité de la banque centrale à influencer la liquidité, les taux d’intérêt et le crédit via ses outils classiques (taux directeur, réserves obligatoires, opérations d’open market) se trouve fortement amoindrie.

La contraction mensuelle de 2,0 % des dépôts en francs congolais, contre une hausse de 1,4 % des dépôts en devises, confirme la faible fonction de réserve de valeur de la monnaie nationale. Cette situation traduit une préférence rationnelle des agents économiques pour le dollar, perçu comme plus stable dans un environnement caractérisé par une inflation historiquement volatile et des anticipations fragiles.

Transmission monétaire affaiblie

Dans un tel contexte, la transmission de la politique monétaire à l’économie réelle demeure partielle. Les décisions de la BCC influencent principalement le segment des opérations en monnaie nationale, alors que l’essentiel de l’activité bancaire et du financement repose sur les devises. Il en résulte une dualité monétaire où coexistent deux circuits :
• un circuit en franc congolais, sous influence directe de la politique monétaire, mais de taille réduite ;
• un circuit en devises, dominant, mais largement hors du champ d’action direct de la banque centrale.

Cette configuration complique la régulation de la masse monétaire globale et affaiblit l’impact des mesures visant à contenir les pressions inflationnistes ou à stimuler le crédit domestique.

Stabilité financière vs souveraineté monétaire

La progression des dépôts bancaires témoigne néanmoins d’une confiance relative des déposants dans le système bancaire congolais, un élément positif pour la stabilité financière. Cependant, cette stabilité est obtenue au prix d’une dépendance structurelle aux devises étrangères, ce qui expose l’économie à des chocs exogènes, notamment liés aux variations du dollar et aux flux internationaux.

Pour la BCC, l’enjeu est donc double : préserver la stabilité du système financier tout en œuvrant progressivement à la re-monetisation en franc congolais. Cela suppose une combinaison de politiques cohérentes :
• maîtrise durable de l’inflation ;
• renforcement de la crédibilité de la politique monétaire ;
• coordination étroite avec la politique budgétaire afin de limiter le financement monétaire des déficits ;
• incitations réglementaires et prudentielles favorisant l’usage du franc congolais dans l’épargne et le crédit.

Les chiffres de novembre 2025 confirment que la politique monétaire en RDC évolue dans un cadre contraint, dominé par la dollarisation. Si la croissance des dépôts bancaires reflète une certaine solidité du secteur financier, elle met aussi en évidence les limites structurelles de l’action monétaire. Le défi central pour la BCC demeure le même : restaurer progressivement le rôle du franc congolais comme ancrage de la stabilité macroéconomique, condition indispensable à une politique monétaire pleinement efficace et souveraine.

Rédaction

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