dimanche, mai 17, 2026

Politique monétaire en RDC : la BCC en équilibre précaire face aux tensions de trésorerie

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À l’approche de la clôture de l’exercice budgétaire 2025, la politique monétaire en République démocratique du Congo se trouve une nouvelle fois au cœur des arbitrages macroéconomiques. Selon les dernières données publiées par la Banque Centrale du Congo (BCC), les recettes publiques ont atteint 1.528,7 milliards de francs congolais (CDF) au 18 décembre 2025, un niveau qui traduit un effort réel de mobilisation des ressources, mais qui met aussi en lumière les contraintes persistantes de gestion de la liquidité publique.

Les chiffres officiels montrent que les régies financières demeurent le pilier central des finances de l’État, avec 1.238,6 milliards de CDF collectés. La Direction générale des impôts (DGI) s’impose comme le principal contributeur, totalisant 751,3 milliards de CDF, portée par les impôts directs et indirects. La DGDA suit avec 385,6 milliards de CDF, tandis que la DGRAD a mobilisé 101,7 milliards de CDF via les recettes parafiscales.

Face à ces recettes, les dépenses publiques se sont élevées à 1.579,0 milliards de CDF, générant un léger déficit à mi-décembre. La masse salariale de l’État demeure la principale source de pression sur la trésorerie, avec 559,2 milliards de CDF consacrés à la rémunération des agents publics, auxquels s’ajoutent 357,9 milliards de CDF de frais de fonctionnement des institutions et 120,9 milliards de CDF de rétrocessions.

Dans ce contexte, la politique monétaire joue un rôle d’amortisseur essentiel. La BCC accompagne la gestion budgétaire par des émissions de titres publics sur le marché intérieur, intégrées aux recettes de l’État. Cet instrument permet au gouvernement de couvrir ses besoins de financement à court terme tout en évitant un recours excessif au financement monétaire direct, historiquement source de tensions inflationnistes.

Pour l’ensemble du mois de décembre, le gouvernement anticipe toutefois un excédent de trésorerie de 188,5 milliards de CDF, grâce à des recettes projetées à 1.893,8 milliards de CDF contre des dépenses estimées à 1.705,3 milliards. Une projection qui, si elle se concrétise, offrirait une marge de manœuvre bienvenue à la BCC pour stabiliser la liquidité bancaire et limiter les pressions sur le taux de change.

Mais derrière ces équilibres comptables se cache un défi plus structurel. La politique monétaire congolaise reste confrontée à une forte dollarisation de l’économie, qui réduit l’efficacité des instruments classiques de la banque centrale. Même lorsque les finances publiques affichent une amélioration ponctuelle, la transmission des décisions monétaires à l’économie réelle demeure partielle, notamment sur le segment du crédit.

En cette fin d’année budgétaire, la BCC avance donc sur une ligne étroite : soutenir la trésorerie de l’État sans compromettre la stabilité macroéconomique. La coordination entre politique budgétaire et politique monétaire apparaît plus que jamais déterminante, alors que les autorités cherchent à contenir l’inflation, préserver la valeur du franc congolais et maintenir la confiance des marchés et des agents économiques.

À court terme, les chiffres rassurent. À moyen et long terme, ils rappellent surtout que la consolidation de la politique monétaire en RDC passe par une discipline budgétaire durable, un élargissement de l’assiette fiscale et un renforcement progressif du rôle de la monnaie nationale dans l’économie.

Rédaction

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