Le gouvernement congolais s’apprête à confier à Margins Group, une entreprise ghanéenne basée à Accra, un contrat de plusieurs centaines de millions de dollars pour la production des cartes d’identité biométriques. Cette attribution, soutenue par des figures clés de l’entourage immédiat du président Félix Tshisekedi, suscite de vives inquiétudes quant au respect des règles de transparence et de concurrence.
Ce nouveau projet intervient après l’annulation, en août 2024, d’un précédent contrat controversé attribué sans appel d’offres à Afritech, société liée à l’homme d’affaires Samba Bathily et au groupe français Idemia. Pourtant essentiel les Congolais sont privés de cartes d’identité nationales depuis près de quarante ans le dossier reste enlisé dans des pratiques opaques.
Engagées depuis la fin de l’année 2024, les discussions avec Margins Group sont aujourd’hui à un stade avancé, sans qu’un appel d’offres formel n’ait été lancé, exposant l’État à de potentielles violations des règles de passation des marchés publics.
Le dossier bénéficie de l’appui direct de Jacques Tshisekedi, frère cadet du chef de l’État et responsable de sa sécurité, ainsi que de Désiré-Cashmir Eberande Kolongele, conseiller spécial du président pour les questions de sécurité. Plusieurs acteurs influents des sphères sécuritaire et économique gravitent également autour du projet, qui pose de lourds enjeux de souveraineté et de contrôle des données personnelles.
Margins Group propose un partenariat public-privé dans lequel l’État congolais supporterait l’essentiel des coûts, tandis que l’entreprise compterait sur la monétisation des données biométriques collectées, y compris à des fins électorales un argument qui aurait trouvé un écho favorable au sein du cercle présidentiel.
Déjà controversé au Ghana pour le coût élevé du projet Ghana Card et d’autres contrats publics, Margins Group rejette toute accusation de surfacturation. Néanmoins, ces antécédents renforcent les craintes en RDC, d’autant que l’affaire Afritech a laissé une empreinte durable de méfiance autour des contrats publics d’envergure.
En arrière-plan, ce dossier explosif s’inscrit dans un climat politique sous tension, alors que des débats internes agitent le pouvoir autour d’une possible révision constitutionnelle qui ouvrirait la voie à un troisième mandat présidentiel pour Félix Tshisekedi en 2028.
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