La visite du Directeur Général d’EquityBCDC, Willy Mulamba, à Kisangani, aux côtés de Scott Kashinzi et de Steve Nzita, n’est pas un simple déplacement institutionnel. Elle illustre une réalité plus profonde : dans une République démocratique du Congo où l’agriculture représente encore l’un des plus grands gisements de croissance, les banques sont appelées à devenir bien plus que des intermédiaires financiers. Elles doivent devenir des architectes de transformation économique.
L’agriculture congolaise : un géant encore sous-financé
La RDC possède près de 80 millions d’hectares de terres arables, un potentiel hydrique exceptionnel et un marché intérieur de plus de 100 millions d’habitants. Pourtant, le paradoxe demeure saisissant : le pays importe encore une part importante de ses besoins alimentaires et le financement bancaire de l’agriculture reste marginal.
Le problème n’est pas l’absence de demande. Il est structurel : manque de garanties formelles, informalité des exploitations, faible mécanisation, volatilité logistique, difficulté de bancarisation des producteurs ruraux. Pour une banque, financer un exploitant agricole à Isangi, Bumba ou Lodja reste souvent perçu comme plus risqué que financer une entreprise minière ou un opérateur télécom à Kinshasa ou Lubumbashi.
C’est précisément là que la présence terrain de banques comme EquityBCDC prend tout son sens : comprendre la réalité économique avant de structurer le crédit.
En RDC, où vont réellement les crédits bancaires ?
Les chiffres publiés à partir des données de la Banque Centrale du Congo montrent une concentration claire du crédit bancaire.
En 2025, environ 71,9 % des crédits bancaires en RDC ont été orientés vers les entreprises privées, principalement dans les secteurs minier et des télécommunications. Cela illustre la forte concentration du financement vers les secteurs jugés les plus solvables et générateurs de devises.
Parallèlement, le volume brut des crédits bancaires a progressé de plus de 20 % en 2025 pour atteindre plus de 10 milliards de dollars, signe d’un secteur bancaire en expansion, mais dont la distribution reste encore très asymétrique.
Autrement dit : en RDC, le secteur qui reçoit le plus de crédits bancaires aujourd’hui n’est pas l’agriculture.
Ce sont :
1. les mines,
2. les télécommunications,
3. les grandes entreprises de commerce et d’import-export.
L’agriculture, malgré son poids social et son potentiel stratégique, reste sous-financée.Pourquoi les banques doivent changer de paradigme
L’agriculture n’est pas seulement un secteur productif. En RDC, elle représente un levier de stabilité sociale, de sécurité alimentaire et de diversification économique.
Une banque qui finance une coopérative de cacao dans la Tshopo, une chaîne de manioc dans le Kasaï ou une filière maïs dans le Haut-Katanga ne finance pas uniquement une production : elle finance de l’emploi rural, de la logistique, de la transformation locale et de la résilience territoriale.
C’est ce que semblent comprendre plusieurs acteurs bancaires.
Rawbank a récemment renforcé ses lignes de financement PME avec des partenaires internationaux, notamment l’International Finance Corporation, pour élargir l’accès au crédit productif.
Equity Group Holdings, maison-mère d’EquityBCDC, s’est historiquement positionné sur l’inclusion financière et le financement des chaînes de valeur agricoles en Afrique de l’Est, une expérience qui pourrait accélérer la transformation de son portefeuille en RDC.
Le vrai enjeu : financer les filières, pas seulement les producteurs
Le futur du crédit agricole en RDC ne passera probablement pas uniquement par des prêts classiques à des exploitants individuels.
Il passera par :
• le financement de coopératives agricoles,
• la digitalisation des paiements ruraux,
• les crédits de campagne,
• le financement du stockage et de la transformation,
• l’assurance climatique,
• et surtout la structuration des chaînes de valeur.
C’est dans cette logique que la visite de Kisangani prend une dimension stratégique. La Tshopo n’est pas seulement une province agricole. Elle peut devenir un laboratoire de bancarisation rurale.
De la banque urbaine à la banque de développement territorialPendant longtemps, le modèle bancaire congolais a été fortement concentré à Kinshasa, qui représente plus de 65 % des dépôts bancaires nationaux.Mais la prochaine frontière de croissance ne sera probablement pas uniquement urbaine.
Elle sera territoriale.
Les banques qui sauront comprendre les dynamiques agricoles de Kisangani, Mbandaka ou Kananga pourraient capter la prochaine vague de croissance congolaise.
Car dans une économie encore dominée par les minerais, financer l’agriculture n’est pas seulement une opportunité bancaire.
C’est peut-être le plus grand pari stratégique pour construire la diversification économique du Congo.
Rédaction


