dimanche, mai 17, 2026

BAD : une accélération spectaculaire… mais un modèle encore sous tension

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Les chiffres impressionnent. Depuis le début de l’année 2026, la Banque africaine de développement (BAD) a approuvé 552,8 millions d’unités de compte, soit environ 755 millions de dollars, à travers 18 projets. Une hausse de 443 % par rapport à la même période en 2025. À première vue, le signal est clair : la machine financière du développement africain est en train de redémarrer à plein régime.
Mais derrière cette accélération, une question s’impose : s’agit-il d’un véritable changement de cap… ou d’un simple rattrapage statistique après une année 2025 anormalement faible ?

L’effet de base : une reprise à relativiser

Comparer 2026 à 2025 revient d’abord à comparer une année dynamique à un point bas. Avec seulement 139 millions d’unités de compte approuvées au premier trimestre 2025 le niveau le plus faible depuis 2021 la progression actuelle est mécaniquement amplifiée.
Autrement dit, la performance de 2026 est réelle, mais elle doit être interprétée avec prudence. Elle traduit autant un rebond technique qu’une montée en puissance stratégique.

L’infrastructure, toujours au cœur du modèle

Le projet phare de ce début d’année résume à lui seul les priorités de la BAD. Au Cameroun, le programme de désenclavement des bassins économiques transfrontaliers dans la région de l’Est mobilise 309 millions d’euros, soit près de la moitié des financements approuvés en 2026.
Objectif : bitumer 156 kilomètres de route entre Ngoura II, Yokadouma et la frontière congolaise, en direction de la République du Congo.
Ce type de projet illustre une constante : l’Afrique manque encore d’infrastructures de base, et la BAD reste avant tout une banque de routes, d’énergie et de connectivité physique. Un choix cohérent mais qui pose une question de fond : peut-on transformer durablement les économies africaines uniquement par l’investissement dans les infrastructures ?

Le risque d’une concentration excessive
Le poids du projet camerounais 48 % du total révèle un autre enjeu : la concentration des financements. Lorsqu’un seul projet pèse presque la moitié des engagements, la diversification sectorielle et géographique devient limitée.
Cela expose la BAD à plusieurs risques :
• dépendance à quelques grands projets structurants
• vulnérabilité aux retards d’exécution
• impact macroéconomique dilué à court terme
En d’autres termes, la visibilité est forte, mais la diffusion des bénéfices dans l’économie réelle peut rester lente.

Transformation structurelle : ambition ou slogan ?

La BAD revendique un rôle clé dans la « transformation structurelle » des économies africaines. Le terme est omniprésent dans les communications officielles. Mais dans les faits, cette transformation suppose bien plus que des infrastructures.
Elle implique :
• une industrialisation réelle
• le développement de chaînes de valeur locales
• l’innovation et la montée en compétence de la main-d’œuvre
Or, la majorité des financements reste encore orientée vers des projets classiques. Indispensables, certes. Mais insuffisants pour enclencher un véritable changement de modèle économique.

Une banque à la croisée des chemins

La BAD n’est pas une institution comme les autres. Elle opère dans un contexte unique : 54 pays membres, des niveaux de développement très hétérogènes, et des besoins colossaux.
Avec plus de 55 milliards de dollars d’engagements actifs, elle est l’un des principaux leviers financiers du continent. Mais elle fait face à une pression croissante :
• accélérer les décaissements
• améliorer l’efficacité des projets
• répondre aux enjeux climatiques
• soutenir le secteur privé
L’augmentation des approbations en 2026 peut être vue comme une réponse à cette pression. Mais elle pose aussi la question de la qualité de la croissance financière : financer plus vite, oui — mais pour transformer quoi, et comment ?

L’équation centrale : volume vs impact

Au fond, le véritable enjeu n’est pas le montant des financements, mais leur impact réel sur les économies africaines.
Une route bitumée améliore la connectivité. Mais crée-t-elle des industries locales ?
Un corridor régional facilite les échanges. Mais génère-t-il de la valeur ajoutée sur place ?
La réponse dépend de ce qui accompagne ces investissements : politiques industrielles, gouvernance, environnement des affaires.
Sans cela, le risque est connu : celui d’une croissance sans transformation, où les infrastructures existent, mais où les économies restent dépendantes des matières premières et des importations.

2026 : un tournant à confirmer

La dynamique actuelle de la BAD est encourageante. Elle montre une capacité à mobiliser rapidement des ressources et à répondre aux besoins urgents du continent.
Mais elle ne sera réellement significative que si elle s’inscrit dans une trajectoire plus large :
celle d’une réorientation vers des projets à forte valeur ajoutée, capables de transformer durablement les économies africaines.
Car au-delà des pourcentages spectaculaires, une réalité demeure :
le développement ne se mesure pas uniquement en milliards engagés, mais en transformations visibles dans la vie des populations.
Et sur ce terrain-là, le défi reste immense.

Rédaction

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