Après près de deux décennies d’existence institutionnelle sans véritable impact opérationnel, le Fonds de Régulation Économique (FOREC) amorce enfin sa mue. Ce vendredi 09 janvier 2026, le Vice-Premier Ministre, Ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, a officiellement lancé l’opérationnalisation de cette structure stratégique, à l’issue d’une visite de travail au siège du FOREC, dans la commune de Ngaliema, à Kinshasa. Un acte à forte portée symbolique et politique, dans un contexte où la question du pouvoir d’achat s’impose comme l’une des préoccupations majeures des ménages congolais.
Créé en 2008, le FOREC avait longtemps incarné l’une de ces institutions prévues par la loi mais absentes du quotidien économique. Faute de moyens, de volonté politique claire et d’un cadre opérationnel structuré, le fonds était resté en sommeil, laissant le marché évoluer au gré des chocs internes et externes. Sa relance marque donc une rupture assumée, portée par la volonté du Gouvernement de doter la RDC d’un outil actif de régulation économique.
Un instrument au cœur de la bataille des prix
Dans ses missions désormais clarifiées, le FOREC est appelé à jouer un rôle central dans la surveillance des marchés, la stabilisation des prix et la protection du pouvoir d’achat, en particulier pour les produits de grande consommation. Le maïs, aliment de base pour des millions de Congolais, figure en tête des priorités. Produit sensible, à la fois agricole, social et politique, son prix influence directement le coût de la vie et la stabilité sociale.
Dans un pays où l’inflation a longtemps fragilisé les ménages, malgré les récents efforts de stabilisation macroéconomique, l’absence d’un mécanisme de régulation efficace a souvent exposé les consommateurs aux spéculations, aux ruptures d’approvisionnement et aux fluctuations saisonnières incontrôlées. Le FOREC est donc attendu comme un filet de sécurité économique, capable d’intervenir lorsque les mécanismes du marché montrent leurs limites.
Entre enthousiasme et responsabilité
Pour Jean-Paul Nemoyato, Secrétaire exécutif du FOREC, cette relance suscite à la fois espoir et prudence. « C’est une joie immense, mais surtout une grande responsabilité », a-t-il déclaré, conscient que les attentes sont élevées après tant d’années d’inaction. Car au-delà des discours, l’efficacité du FOREC se mesurera à sa capacité à agir concrètement, à disposer de ressources suffisantes et à s’imposer comme un acteur crédible face aux opérateurs économiques.
Le défi est d’autant plus important que la régulation des marchés en RDC évolue dans un environnement complexe, marqué par la faiblesse des chaînes de distribution, l’importance du secteur informel et la dépendance aux importations pour certains produits stratégiques. Sans coordination avec les ministères sectoriels, les provinces et les services de contrôle, le FOREC risquerait de rester un acteur isolé.
Un tournant dans la gouvernance économique
La décision du Vice-Premier Ministre Daniel Mukoko Samba s’inscrit dans une nouvelle approche de gouvernance économique, où la stabilisation macroéconomique doit désormais produire des effets tangibles sur le quotidien des citoyens. Après les efforts de la Banque Centrale du Congo pour contenir l’inflation et stabiliser la monnaie, l’opérationnalisation du FOREC vient compléter l’arsenal public par une action ciblée sur les marchés.
Il s’agit là d’un changement de paradigme : l’État ne se limite plus à observer les déséquilibres, mais se dote d’un instrument pour anticiper, corriger et amortir les chocs. Encore faudra-t-il garantir la transparence de ses interventions, éviter toute politisation et instaurer des mécanismes de redevabilité clairs.
Une institution attendue au tournant
Si le FOREC parvient à remplir ses missions, il pourrait devenir un levier majeur de stabilité sociale, en réduisant les tensions liées à la cherté de la vie et en renforçant la confiance entre l’État, les producteurs et les consommateurs. À l’inverse, un échec renforcerait le scepticisme autour des réformes économiques et alimenterait le sentiment d’un État incapable de traduire ses engagements en actions concrètes.
La relance du FOREC est donc bien plus qu’un événement administratif. Elle constitue un test grandeur nature de la capacité du Gouvernement à transformer des institutions dormantes en outils efficaces au service de l’économie réelle. Pour les ménages congolais, confrontés aux réalités du marché chaque jour, l’enjeu est clair : que cette nouvelle phase du FOREC ne soit pas une promesse de plus, mais le début d’une régulation économique enfin opérationnelle.
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