Le ciel peut parfois raconter des vérités que la politique préfère taire. À Faro, dans le sud du Portugal, un vieux Boeing 727-100 immobilisé depuis près de vingt ans vient brutalement rappeler une contradiction qui embarrasse jusqu’aux plus hauts sommets de l’État congolais.
L’appareil, un Boeing 727 mis en service en 1965 chez Lufthansa, appartient à Jean-Pierre Bemba. Selon plusieurs médias portugais, les autorités aéroportuaires de Faro lui ont accordé un ultimatum de 60 jours pour retirer l’appareil stationné depuis 2007. À défaut, l’avion pourrait être déclaré abandonné et transféré au patrimoine de l’État portugais, conformément à une nouvelle législation sur les aéronefs laissés illégalement sur les plateformes aéroportuaires.
Mais derrière ce simple contentieux administratif se cache une question beaucoup plus lourde : comment le ministre de tutelle du transport aérien congolais peut-il laisser son propre avion devenir une épave internationale pendant que l’aviation nationale traverse l’une des périodes les plus critiques de son histoire ?
Un avion devenu embarras diplomatique
Depuis 2007, ce Boeing dort sur le tarmac de l’aéroport de Faro. Saisi à l’époque dans le contexte des poursuites engagées par la Cour pénale internationale contre Jean-Pierre Bemba, l’appareil n’a jamais quitté le Portugal.Dix-neuf années plus tard, la facture est devenue vertigineuse. Entre frais de stationnement, occupation du tarmac et coûts futurs de déplacement ou de démantèlement, certains médias évoquent une dette proche d’un million d’euros.
Un million d’euros pour un avion qui ne vole plus.
Un million d’euros pour une carcasse métallique immobilisée.
Un million d’euros qui, symboliquement, résume peut-être l’un des grands drames de la gouvernance publique africaine : des actifs stratégiques transformés en passifs politiques.
Combien vaut aujourd’hui un Boeing 727-100 ?
Sur le marché aéronautique actuel, un Boeing 727-100 encore exploitable pourrait théoriquement avoir une valeur historique ou technique. Mais dans le cas précis de cet appareil immobilisé depuis près de deux décennies, exposé aux intempéries et sans maintenance certifiée, sa valeur commerciale réelle pourrait être réduite à celle de la ferraille ou de pièces récupérables.
Autrement dit : la dette de stationnement pourrait aujourd’hui dépasser la valeur réelle de l’avion lui-même.
Un paradoxe cruel.
Et si cet avion avait servi la nation ?
C’est ici que le débat devient profondément politique.Dans un pays-continent comme la République démocratique du Congo, où certaines provinces restent difficilement accessibles par route, l’aviation n’est pas un luxe. C’est une nécessité nationale.Pendant que des compagnies locales peinent à acquérir ou maintenir des appareils opérationnels…
Pendant que les billets intérieurs deviennent inaccessibles pour une grande partie des Congolais…Pendant que Kinshasa, Kisangani, Mbandaka, Kindu ou Gemena restent tributaires d’une connectivité aérienne fragile…
Un avion appartenant à celui qui supervise aujourd’hui ce secteur pourrit sur un tarmac européen.
La question devient alors inévitable :
Pourquoi cet appareil n’a-t-il jamais été récupéré, restructuré, ou transformé en actif utile pour le pays ?
Pourquoi un ministre chargé du transport aérien n’a-t-il jamais apporté d’explication publique sur ce patrimoine devenu embarrassant ?Le Boeing de Faro n’est plus seulement un avion.
La métaphore d’un secteur où la demande explose mais où les infrastructures stagnent.
La métaphore d’un pays riche en ressources mais pauvre en mobilité.La métaphore d’un leadership confronté à ses propres contradictions.
Dans 60 jours ou peut-être déjà trop tard selon certaines sources récentes le Portugal pourrait définitivement tourner cette page en saisissant l’appareil.
Rédaction


