Un nouveau dossier sensible secoue le secteur stratégique du transport et de la logistique en République démocratique du Congo. L’Office de Gestion du Fret Multimodal (OGEFREM), établissement public clé dans la chaîne d’import-export, est aujourd’hui au cœur d’un conflit opposant sa direction à la tutelle politique, incarnée par le Vice-Premier ministre en charge des Transports, Jean-Pierre Bemba.
Selon des documents internes consultés par la rédaction de finances.cd et sécurisés par le consortium international Forbidden Stories, une entreprise privée dénommée PADS Corporation Sarl aurait été au centre de pressions exercées sur la direction de l’OGEFREM afin d’obtenir un accès privilégié à des marchés stratégiques liés au fret maritime et multimodal.
Un acteur clé de l’économie congolaise
L’OGEFREM est chargé de la régulation, du contrôle et de la gestion des flux de fret en RDC. À ce titre, il joue un rôle déterminant dans :
• la traçabilité des importations et exportations
• la sécurisation des recettes liées au transport
• la protection des intérêts logistiques de l’État
Sa gouvernance est donc hautement sensible, car toute distorsion peut avoir un impact direct sur les finances publiques.
Des documents qui évoquent un bras de fer
Les pièces internes obtenues par finances.cd décrivent un échange tendu entre le Vice-Premier ministre Jean-Pierre Bemba et le Directeur général de l’OGEFREM, William Kazumba.
Dans ces correspondances, il est fait état de demandes insistantes de la tutelle politique visant à imposer la société PADS Corporation Sarl comme partenaire opérationnel dans certaines opérations du fret.
Or, selon des documents annexes, cette entreprise aurait déjà été écartée par les Lignes maritimes congolaises pour insuffisance d’expérience et de capacités techniques.
Le refus du Directeur général de l’OGEFREM de donner suite à ces injonctions aurait conduit, selon les mêmes sources, à sa suspension administrative.
Une alerte interne au plus haut niveau
Des agents de l’OGEFREM affirment avoir, bien avant la suspension du DG, saisi la Présidence de la République pour dénoncer ce qu’ils décrivent comme une tentative de captation privée d’un outil stratégique de l’État.
Dans leur mémorandum, ils évoquent :
• des pressions hiérarchiques anormales
• un contournement des procédures de passation de marchés
• un risque de perte de souveraineté logistique
« L’OGEFREM n’est pas une caisse noire ni une entreprise privée. C’est un instrument de souveraineté économique », écrit l’un des cadres dans un document interne.
Ce que révèle l’affaire : la lutte pour le contrôle des flux
Au-delà des personnes, cette affaire met en lumière un enjeu plus vaste : le contrôle du circuit du fret, qui représente des centaines de millions de dollars par an en taxes, commissions et données commerciales.
Maîtriser ce circuit, c’est pouvoir :
• orienter les marchés
• choisir les partenaires
• influencer les recettes publiques
C’est précisément ce qui rend l’OGEFREM extrêmement convoité.
Une affaire désormais sous protection internationale
Le fait que les documents aient été sécurisés par Forbidden Stories, réseau international spécialisé dans la protection des enquêtes sensibles, donne à ce dossier une dimension particulière.
Cela signifie que toute tentative de censure ou de destruction de preuves rendrait l’affaire mondiale, avec un relais automatique dans plusieurs médias internationaux.
Présomption d’innocence et exigence de transparence
À ce stade, aucune décision judiciaire n’a établi la responsabilité pénale de Jean-Pierre Bemba ni de toute autre partie. La présomption d’innocence demeure entière.
Mais les documents, les témoignages internes et les décisions administratives prises soulèvent une question politique centrale :
Un membre du gouvernement peut-il intervenir pour favoriser une entreprise privée dans une entreprise publique stratégique ?
L’affaire OGEFREM dépasse un simple conflit de personnes. Elle pose la question du rapport entre pouvoir politique et gestion des entreprises publiques, dans un pays où la transparence financière est devenue un pilier de la crédibilité de l’État.
Si les allégations sont confirmées, elles constitueraient une atteinte grave à la gouvernance économique.
Si elles sont infirmées, seule une enquête indépendante et publique permettra de restaurer la confiance.
Dans tous les cas, une chose est acquise :
les agents de l’OGEFREM, la société civile et la presse ne se tairont plus.
Rédaction


