La décision de la Banque Centrale du Congo d’abaisser son taux directeur de 17,5 % à 15 % n’est pas un simple ajustement technique. Elle constitue un signal fort envoyé à l’économie congolaise : celui d’un passage assumé d’une logique de stabilisation défensive à une stratégie de relance par le crédit et l’investissement.
Dans un pays où le coût de l’argent a longtemps été un frein majeur à la production, cette décision vise avant tout un objectif central : la performance économique réelle.
Quand le taux directeur devient un outil de croissance
Comme l’a expliqué l’économiste et stratège Al-Kitenge, la baisse du taux directeur permet mécaniquement aux banques commerciales de réduire leurs taux d’intérêt. Cela ouvre une nouvelle fenêtre pour les opérateurs économiques désireux d’emprunter en franc congolais à des conditions plus attractives.
C’est un tournant important. Jusqu’ici, le crédit en monnaie nationale était pénalisé par des taux prohibitifs, décourageant les investissements productifs. En abaissant le coût de refinancement des banques, la Banque Centrale du Congo crée un effet d’entraînement sur l’ensemble de la chaîne du crédit.
Relancer la production pour stabiliser la monnaie
Mais cette mesure monétaire ne peut produire ses effets que si elle est accompagnée d’une stratégie économique cohérente.
Pour Al-Kitenge, la clé est claire : la relance massive de la production locale.
Une économie qui importe l’essentiel de ce qu’elle consomme est structurellement dépendante des devises étrangères. Tant que la RDC continuera à acheter à l’extérieur ce qu’elle pourrait produire localement, le franc congolais restera vulnérable.
Réduire les importations par une production nationale compétitive permet :
• de limiter la sortie de devises,
• de renforcer la demande en franc congolais,
• de stabiliser le cadre macroéconomique.
La politique monétaire ne peut pas, à elle seule, sauver une monnaie. Mais elle peut créer les conditions financières favorables à la renaissance industrielle.
Liquidité bancaire : desserrer l’étau
Contrairement à certaines idées reçues, la baisse du taux directeur n’inonde pas automatiquement les banques de liquidités. Son effet principal est ailleurs : elle réduit l’incitation des banques à thésauriser le franc congolais.
En clair, garder de la monnaie devient moins rentable que la prêter.
Cela pousse les banques à remettre l’argent en circulation, sous forme de crédits aux entreprises et aux particuliers.
C’est ainsi que l’économie réelle est alimentée.
Une politique monétaire qui assume le risque de la croissance
En abaissant son taux directeur, la Banque Centrale du Congo prend un pari calculé : celui de stimuler l’investissement, même si cela implique une gestion plus fine de l’inflation et du taux de change.
Ce choix traduit une maturité nouvelle. Il reconnaît que la stabilité n’a de sens que si elle sert le développement, et que la monnaie n’est forte que lorsqu’elle repose sur une économie productive.
Le franc congolais comme outil, pas comme victime
L’objectif ultime n’est pas seulement de prêter plus, mais de transformer la structure de l’économie.
Un franc congolais soutenu par l’industrie, l’agriculture, la transformation locale et l’investissement privé devient naturellement plus stable.
C’est ce cercle vertueux que la Banque Centrale du Congo cherche désormais à enclencher.
Et dans un pays qui a longtemps souffert d’un crédit rare, cher et tourné vers l’extérieur, cette baisse du taux directeur est peut-être l’un des actes les plus pro-développement de ces dernières années.
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