dimanche, mai 17, 2026

La Banque Centrale du Congo, entre lucidité monétaire et souveraineté économique

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Dans le tumulte des débats économiques en République démocratique du Congo, la parole de Al-Kitenge, économiste, stratège et directeur général d’Innovation Task, vient rappeler une vérité fondamentale : on ne gouverne pas l’économie d’aujourd’hui avec les manuels d’hier.

Face aux critiques qui qualifient la politique monétaire actuelle de simple « cosmétique », Al-Kitenge invite à regarder les faits, et non les dogmes. Sous la conduite du gouverneur de la Banque Centrale du Congo, le franc congolais a retrouvé une stabilité inédite face au dollar. Cette stabilité, loin d’être accidentelle, s’inscrit dans le temps grâce à une architecture de mesures cohérentes : gestion active du taux de change, emprunts en devises, fonds en dollars pour les importateurs, et pilotage fin de la liquidité.

Ce que beaucoup refusent de comprendre, c’est que la monnaie n’est pas un artefact isolé. Comme le souligne Al-Kitenge, « la monnaie est le reflet d’une économie ». De même, « la finance est le carburant de l’économie ». Séparer politique monétaire, politique budgétaire et politique d’investissement est une erreur analytique majeure. Aujourd’hui, la RDC expérimente au contraire une coordination macroéconomique : la Banque Centrale stabilise la monnaie pendant que le gouvernement travaille sur le budget et les investissements.

Stabilité monétaire : une victoire contre le pessimisme structurel

Pendant des années, la monnaie congolaise a été victime d’une prophétie autoréalisatrice : on annonçait son effondrement, donc on la fuyait, donc elle chutait. La nouvelle stratégie du gouverneur a brisé ce cercle vicieux. En réinjectant de la confiance, il a permis au franc congolais de devenir prévisible, donc utilisable, donc crédible.

Al-Kitenge insiste à juste titre sur un point souvent mal compris :
ce qui compte pour un État, ce n’est pas le taux de change nominal, mais l’équilibre réel en dollars de son budget.
Un taux artificiellement élevé peut gonfler les montants en francs, mais il appauvrit en réalité la capacité d’importation, d’investissement et de remboursement. La stabilité actuelle, elle, protège la valeur réelle des recettes publiques.

Dédollariser pour reconstruire la souveraineté

La critique la plus forte d’Al-Kitenge concerne l’usurpation du dollar dans l’économie domestique. Le dollar devrait servir au commerce extérieur. Lorsqu’il domine les transactions locales, il détruit la souveraineté monétaire, prive la banque centrale de leviers et fragilise l’État.

La politique actuelle vise justement à réduire cette dépendance en restaurant le rôle du franc congolais comme instrument central de l’économie. Ce n’est pas une bataille idéologique : c’est une bataille de souveraineté.
La dette intérieure, clé de la confiance

L’un des points les plus importants évoqués par Al-Kitenge est la dette intérieure près de 4,5 milliards de dollars. Dans ce contexte, réussir à lever des fonds par des bons du Trésor, en francs comme en dollars, est un signal puissant : les acteurs locaux recommencent à croire en l’État.

Mais cette confiance ne pourra durer que si l’État honore ses engagements. Payer la dette extérieure sans payer la dette intérieure est une incohérence dangereuse. La nouvelle dynamique doit donc s’accompagner d’un rattrapage vigoureux des arriérés sociaux et commerciaux.
Une rupture historique

Ce que fait aujourd’hui le gouverneur de la Banque Centrale du Congo dérange parce que c’est une rupture :
rupture avec l’improvisation,
rupture avec la passivité,
rupture avec l’échec accepté comme une fatalité.

Sa méthode est simple : observer le marché en temps réel, collaborer avec les banques commerciales, ajuster vite, corriger vite. C’est exactement ce que font les banques centrales modernes.

Al-Kitenge a raison : le temps est le juge. Mais déjà, les faits parlent.
La monnaie se stabilise.
La liquidité est mieux gérée.
La confiance commence à revenir.

Dans un pays longtemps prisonnier du chaos monétaire, la nouvelle dynamique de la Banque Centrale du Congo est peut-être l’un des actes les plus puissants de reconstruction nationale.
Ce n’est pas du cosmétique.
C’est de la souveraineté en construction.

Propos recueillis par la rédaction de Finances.cd

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