dimanche, mai 17, 2026

Réformer pour bâtir : le système fiscal congolais à l’épreuve de la modernité

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Par-delà les murs feutrés de l’hôtel Hilton de Kinshasa, où se sont réunis fiscalistes, chefs d’entreprises et partenaires techniques autour du cabinet Ernst & Young, c’est toute la question du contrat fiscal entre l’État congolais et ses citoyens qui était en jeu. La Loi des finances 2026, au cœur de ces échanges, n’est pas une simple révision budgétaire : elle constitue une nouvelle étape dans la lente mais nécessaire transformation du système fiscal de la République démocratique du Congo.

La présence de la Direction générale des impôts (DGI), conduite par l’Inspecteur Jean Gonda Mabeka, a donné un signal fort : l’administration fiscale veut désormais parler, expliquer et convaincre, là où elle s’était longtemps contentée d’imposer.

Un système longtemps perçu comme punitif

Le système fiscal congolais souffre d’un déficit historique de légitimité. Pour de nombreux opérateurs économiques, payer l’impôt n’a pas toujours été synonyme de contribution au bien commun, mais plutôt d’un coût supplémentaire, imprévisible et parfois arbitraire. Multiplicité des taxes, instabilité des textes, chevauchements entre administrations, et pression sur un nombre réduit de contribuables formels ont contribué à créer un climat de méfiance durable.

Dans un pays où plus de 80 % de l’activité économique évolue dans l’informel, la charge fiscale repose essentiellement sur une minorité d’entreprises structurées. Résultat : l’État peine à mobiliser des recettes suffisantes pour financer ses politiques publiques, tandis que les entreprises formelles ont le sentiment de porter seules le poids de la nation.

La Loi des finances 2026 : vers un nouvel équilibre

C’est dans ce contexte que s’inscrivent les innovations introduites par la Loi des finances 2026. En mettant l’accent sur l’Impôt sur les Sociétés (IS), l’Impôt sur le Revenu des Personnes Physiques (IRPP) et la Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA), le législateur vise les trois piliers de la fiscalité moderne.

L’IS cherche à mieux capter la richesse créée par les entreprises, tout en intégrant progressivement les secteurs jusque-là peu ou mal fiscalisés. L’IRPP, quant à lui, est un outil de justice sociale : il doit permettre que chaque citoyen contribue selon ses capacités réelles. La TVA, enfin, demeure l’impôt le plus productif, mais aussi le plus sensible, car il touche directement le consommateur.

La réforme de ces trois impôts traduit une volonté claire : élargir l’assiette plutôt qu’écraser les mêmes contribuables.

La DGI face au défi de la confiance

En réaffirmant son engagement à accompagner les contribuables, la DGI reconnaît implicitement que la fiscalité ne peut plus être une relation de force. Elle doit devenir une relation de confiance. Cela suppose de la pédagogie, de la transparence et surtout de la prévisibilité.

Un système fiscal moderne ne se mesure pas seulement au nombre de taxes perçues, mais à la capacité de l’administration à expliquer pourquoi l’impôt est dû, comment il est calculé et à quoi il sert. Tant que le citoyen ne verra pas de lien entre ce qu’il paie et les services qu’il reçoit routes, écoles, hôpitaux, sécurité la résistance à l’impôt demeurera forte.

Fiscalité et souveraineté économique

Derrière la Loi des finances 2026 se cache une question plus large : celle de la souveraineté économique de la RDC. Un État qui ne maîtrise pas ses recettes dépend des bailleurs, des partenaires extérieurs et de la conjoncture internationale. À l’inverse, un État capable de mobiliser efficacement ses ressources fiscales peut investir, planifier et protéger son économie.

La réforme fiscale n’est donc pas un exercice technique réservé aux experts. C’est un choix politique majeur, qui conditionne la capacité du Congo à transformer ses richesses naturelles en développement durable.

Un tournant à ne pas manquer

La rencontre du Hilton n’était pas un simple séminaire. Elle symbolise une transition : celle d’une fiscalité subie vers une fiscalité négociée, comprise et, à terme, acceptée.

La Loi des finances 2026 offre une opportunité rare : celle de refonder le pacte fiscal entre l’État et les citoyens. Reste à savoir si cette ambition survivra à l’épreuve de la mise en œuvre. Car en matière fiscale, ce ne sont pas les textes qui manquent en RDC, mais la cohérence, la rigueur et la confiance.

Et c’est précisément là que se jouera l’avenir du système fiscal congolais.

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