dimanche, mai 17, 2026

Accord de Washington : six mois après, une paix encore fragile entre Kinshasa et Kigali

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Kinshasa / Kigali – Signé avec solennité à Washington sous l’égide de l’administration américaine, l’Accord de paix entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda devait marquer un tournant décisif dans la résolution du conflit persistant dans l’Est congolais. Six mois plus tard, le bilan apparaît contrasté. Si des avancées institutionnelles sont relevées, la situation sécuritaire demeure alarmante, mettant à rude épreuve la crédibilité du processus de paix.

C’est le constat dressé par le Baromètre des Accords de Paix en Afrique, dans son rapport d’évaluation publié en décembre et consulté lundi 5 janvier. Le document pointe une mise en œuvre « incomplète et déséquilibrée » de l’Accord de Washington, minée par l’absence de progrès sur les engagements sécuritaires les plus sensibles.

Des avancées institutionnelles sans impact sur le terrain

Selon le Baromètre, des mécanismes de coopération institutionnelle ont bien été enclenchés entre Kinshasa et Kigali. Des cadres de dialogue existent, des comités techniques ont été mis en place et les canaux diplomatiques restent ouverts. Toutefois, ces progrès restent largement formels.

Sur le terrain, la réalité est tout autre. Les combats se poursuivent entre les Forces armées de la RDC (FARDC) et l’AFC/M23, un mouvement rebelle soutenu par le Rwanda selon plusieurs rapports onusiens. Cette persistance des violences sape les fondements mêmes de l’accord, censé instaurer une désescalade durable.

FDLR, désengagement et mesures défensives : le nœud du blocage

Au cœur des tensions figure la question de la neutralisation des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), l’un des engagements clés pris par la RDC. Le retard accusé dans la mise en œuvre de cette clause est régulièrement invoqué par Kigali pour justifier le maintien de ses « mesures sécuritaires défensives » sur le territoire congolais.

Le Baromètre recommande au gouvernement congolais d’accélérer sans délai des opérations coordonnées contre les FDLR, en collaboration avec le Mécanisme conjoint de vérification et de suivi (JSCM), tout en garantissant une protection stricte des civils.

Fait notable, le rapport suggère également une implication officielle de la MONUSCO dans ces opérations, notamment dans les zones actuellement sous contrôle de l’AFC/M23 mais où la présence des FDLR est signalée.

La MONUSCO comme levier de crédibilité

Cette option s’appuie sur le mandat renouvelé de la Mission des Nations unies, qui autorise l’usage de la force pour neutraliser les groupes armés non étatiques, y compris via sa Brigade d’intervention. Le Baromètre rappelle que la RDC a déjà conduit, en 2015, des opérations conjointes avec la MONUSCO contre les FDLR.

« Une telle approche permettrait de lever les prétextes des différentes parties », souligne le rapport. Kinshasa ne pourrait plus invoquer l’absence de contrôle territorial pour justifier des retards, tandis que Kigali perdrait l’argument sécuritaire justifiant le maintien de ses forces ou dispositifs défensifs.

Soupçons persistants et déficit de confiance

Autre point sensible : les accusations récurrentes selon lesquelles des éléments des FDLR seraient intégrés aux FARDC. Le Baromètre appelle la RDC à fournir des garanties claires, vérifiables et documentées pour dissiper ces soupçons, condition essentielle au rétablissement de la confiance entre les deux États.

Le rapport recommande également l’élaboration, avec la MONUSCO et les acteurs humanitaires, d’un plan humanitaire d’urgence pour les populations de l’Est, ainsi que l’opérationnalisation effective du mécanisme conjoint de vérification du cessez-le-feu, signé à Doha le 14 octobre 2025.

Washington, Doha : diplomatie en panne

Malgré l’implication directe du président américain Donald Trump et l’entérinement solennel de l’accord par les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame, le processus de Washington peine à produire des résultats concrets.

Les divergences d’interprétation persistent, alimentant une guerre de narratifs entre Kinshasa et Kigali, chacun accusant l’autre de violer ses engagements.

Parallèlement, les négociations de Doha, menées sous la médiation du Qatar entre la RDC et l’AFC/M23, sont dans l’impasse. Bien que plusieurs documents aient été signés communiqué conjoint, mécanisme de cessez-le-feu, déclaration de principes et accord-cadre leur mise en œuvre reste largement théorique.

Violences persistantes et dialogue national absent

Cette inertie diplomatique a ouvert la voie à une reprise des combats, aggravant la situation humanitaire dans les provinces de l’Est. Dans ce contexte, de nombreuses voix appellent à un dialogue national inclusif, destiné à accompagner les initiatives régionales et internationales.

Jusqu’ici, le président Félix Tshisekedi reste ferme : toute initiative de dialogue doit émaner de son autorité. Une position maintenue malgré la publication d’une feuille de route par les confessions religieuses, qui plaident pour un consensus national face à la crise.

Une paix encore suspendue

Six mois après sa signature, l’Accord de Washington apparaît ainsi comme un processus inachevé, fragilisé par l’écart entre les engagements diplomatiques et la réalité du terrain. Sans avancées rapides sur les questions sécuritaires, la neutralisation effective des groupes armés et une coordination renforcée avec les partenaires internationaux, le risque est grand de voir la diplomatie céder à nouveau la place aux armes.

Dans l’Est de la RDC, la paix reste promise, mais toujours attendue.

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