La participation du Ministre d’État Guylain Nyembo aux Conférences Annuelles du Service public, avec la mise en avant du Système d’Information de Suivi des Actions du Gouvernement (SISAG), remet au centre du débat une question cruciale pour la République démocratique du Congo : celle de la transparence dans la gestion publique. Si les initiatives annoncées traduisent une volonté politique affichée, elles se heurtent toutefois à une réalité marquée par des déficits structurels persistants.
Un manque de transparence profondément enraciné

En RDC, le manque de transparence demeure l’un des principaux obstacles à une gouvernance efficace. Il se manifeste à plusieurs niveaux : opacité dans l’exécution du budget, faible traçabilité des dépenses publiques, accès limité des citoyens à l’information administrative, et absence de reddition régulière des comptes. Malgré l’existence de textes légaux garantissant le droit à l’information, leur application reste largement insuffisante.
Cette opacité alimente la méfiance des citoyens envers les institutions publiques, affaiblit la crédibilité de l’État et favorise des pratiques telles que la corruption, le clientélisme et l’inefficacité administrative. Dans ce contexte, les réformes annoncées peinent à produire des résultats tangibles sur le terrain, faute d’un cadre contraignant et d’une volonté de rupture avec les pratiques anciennes.
Le SISAG : avancée technologique ou réforme inachevée ?
Le SISAG, présenté comme un outil de suivi et d’évaluation de l’action gouvernementale, constitue indéniablement une avancée sur le plan technologique. Il traduit une prise de conscience de la nécessité de mesurer, d’évaluer et de rendre compte. Toutefois, la question centrale demeure celle de son effectivité.
Un outil numérique, aussi performant soit-il, ne garantit pas à lui seul la transparence. Sans accès public réel aux données, sans audits indépendants, et sans sanctions en cas de manquement, le SISAG risque de rester un instrument interne, peu perceptible pour les citoyens qu’il est pourtant censé servir.
Propositions pour une lutte efficace contre le manque de transparence

Pour que la transparence devienne une réalité et non un simple idéal proclamé, plusieurs actions concrètes s’imposent :
1. Rendre l’accès à l’information effectif
Les données issues des systèmes comme le SISAG doivent être partiellement accessibles au public, sous une forme compréhensible, afin de permettre aux citoyens, aux médias et à la société civile d’exercer un contrôle citoyen.
2. Institutionnaliser la reddition des comptes
Chaque ministère et institution publique devrait être tenu de publier régulièrement des rapports d’activités et d’exécution budgétaire, assortis d’indicateurs de performance clairs.
3. Renforcer les organes de contrôle
La Cour des comptes, l’Inspection générale des finances et les autres organes de contrôle doivent bénéficier d’une indépendance réelle, de moyens adéquats et d’un pouvoir de sanction effectif.
4. Protéger les lanceurs d’alerte
La lutte contre l’opacité passe aussi par la protection juridique et institutionnelle de ceux qui dénoncent les abus et les détournements au sein de l’administration publique.
5. Impliquer la société civile et les médias
Une gouvernance transparente ne peut se construire sans une presse libre et une société civile active, capables de relayer l’information, d’analyser les politiques publiques et d’interpeller les décideurs.
6. Former les agents publics à l’éthique et à la culture de la transparence
La réforme doit être aussi culturelle. Il est essentiel d’intégrer l’éthique, la redevabilité et la transparence dans la formation initiale et continue des agents de l’État.
Comme l’a souligné le Ministre d’État Guylain Nyembo, « sans transparence, il n’y a ni confiance, ni performance, ni gouvernance durable ». Toutefois, pour que cette affirmation dépasse le cadre du discours, la RDC doit engager des réformes courageuses, cohérentes et mesurables. La transparence ne peut être sélective ni circonstancielle : elle doit devenir une norme contraignante, au service d’un État qui rend compte, inspire confiance et place réellement le citoyen au cœur de l’action publique.
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