dimanche, mai 17, 2026

Corridor Ouest : Jean Bamanisa appelle à la création d’une autorité

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Par-delà les discours et les forums, une idée persiste, s’affine et s’impose peu à peu dans le débat économique en Afrique centrale : celle de la création d’une Autorité du Corridor Ouest. Portée avec constance par ExpoBéton RDC et défendue par son président, le sénateur Jean Bamanisa Saidi, cette proposition dépasse le simple cadre technique. Elle esquisse une vision politique, économique et même géostratégique pour toute une sous-région.

Une vision née d’un constat lucide

Depuis 2018, les différentes éditions d’ExpoBéton organisées à Kinshasa ont mis en évidence une réalité souvent négligée : l’Afrique centrale, et en particulier la République démocratique du Congo, dispose d’atouts considérables, mais fragmentés. Ports, ressources énergétiques, matières premières, marchés : tout existe, mais sans véritable coordination.
Le Corridor Ouest, tel qu’imaginé, relie un espace stratégique allant de Luanda à Kinshasa, en passant par Brazzaville, Pointe-Noire, Soyo et jusqu’au port de Banana. Un axe qui concentre à lui seul près de 130 millions de consommateurs et une densité exceptionnelle d’infrastructures portuaires près de huit ports.
Ce potentiel, aujourd’hui sous-exploité, pourrait devenir un moteur de croissance régionale si une gouvernance commune voyait le jour.

Une Autorité pour structurer, coordonner, accélérer

La proposition centrale est claire : créer une Autorité multilatérale de gestion capable de coordonner les politiques, harmoniser les normes et piloter des projets structurants.
Car l’un des principaux freins au développement de cet espace reste l’absence de synchronisation entre États. Routes non connectées, normes divergentes, lenteurs administratives, manque de garanties pour les investisseurs : autant d’obstacles que seule une instance supranationale pourrait lever efficacement.
Dans cette perspective, l’Autorité du Corridor Ouest ne serait pas une structure bureaucratique de plus, mais un véritable outil d’intégration économique. Elle permettrait notamment :
• d’accélérer les projets d’infrastructures (ports, chemins de fer, routes)
• de sécuriser les investissements
• d’harmoniser les politiques énergétiques et commerciales
• de créer des pôles industriels intégrés

Le « triangle de l’avenir » : une révolution industrielle possible

Au cœur de cette vision se trouve ce que les promoteurs appellent le « triangle de l’avenir » : Kinshasa,Kimpese ,Luanda ,Pointe-Noire ,Brazzaville. Une zone où convergent ports maritimes et fluviaux, ressources énergétiques et axes logistiques.
L’un des points les plus sensibles et les plus stratégiques concerne l’énergie. Le site d’Inga, en RDC, offre un potentiel hydroélectrique parmi les plus importants au monde. Pourtant, la tentation d’exporter cette énergie brute vers d’autres continents reste forte.
La doctrine défendue par Jean Bamanisa Saidi est radicalement différente : il est hors de question d’exporter cette énergie sans transformation locale. L’électricité d’Inga doit servir en priorité à industrialiser la région, à alimenter des usines de transformation, à créer de la valeur ajoutée sur le continent.
Autrement dit, passer d’un modèle extractif à un modèle productif.

Souveraineté économique contre dépendance structurelle

Cette proposition s’inscrit aussi dans un contexte géopolitique tendu, où les questions de sécurité, d’exploitation des ressources et d’influences extérieures sont omniprésentes.
Créer une Autorité du Corridor Ouest, c’est aussi reprendre le contrôle. Contrôle des flux commerciaux, des ressources énergétiques, des chaînes de valeur. C’est réduire la dépendance vis-à-vis des puissances extérieures et construire une autonomie économique régionale.
Dans un monde où les blocs économiques se renforcent, l’Afrique centrale ne peut plus se permettre d’avancer en ordre dispersé.

Un projet ambitieux… mais encore en attente

Malgré l’insistance des éditions successives d’ExpoBéton, aucune annonce officielle n’a encore concrétisé la création de cette Autorité. Le projet reste, pour l’instant, au stade de plaidoyer.
Mais l’idée progresse. Elle s’impose dans les cercles politiques, économiques et académiques comme une réponse crédible aux défis de développement de la région.

Une urgence stratégique

Le Corridor Ouest n’est pas qu’un projet d’infrastructure. C’est un projet de transformation. Un projet de souveraineté. Un projet d’avenir.
À l’heure où la compétition économique mondiale s’intensifie, où les ressources africaines suscitent de plus en plus de convoitises, la question n’est plus de savoir si cette Autorité doit être créée, mais quand et avec quelle volonté politique.
Car derrière les routes, les ports et les lignes ferroviaires, c’est une autre bataille qui se joue : celle de la maîtrise du destin économique de toute une région.

Rédaction

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