mercredi, juin 3, 2026

RDC : 2025, l’année où la stabilité est redevenue une politique

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Par-delà la froideur des chiffres et le ritualisme des conférences de presse, l’exercice 2025 restera comme une année charnière pour la politique monétaire de la République démocratique du Congo. Non pas une rupture spectaculaire, encore moins un miracle économique, mais un tournant silencieux, méthodique, presque technocratique, qui dit beaucoup de l’évolution du pilotage macroéconomique du pays.

En présentant, le 8 janvier 2026, la lecture annuelle du Comité de politique monétaire, le gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC), André Wameso, n’a pas seulement dressé un bilan. Il a, en creux, revendiqué une nouvelle normalité : celle d’une économie qui ne vit plus sous perfusion d’urgence permanente, mais sous le régime plus exigeant de la discipline et de l’anticipation.

La victoire symbolique contre l’inflation

Le chiffre frappe par sa simplicité : 2,27 % d’inflation en glissement annuel à fin décembre 2025, contre près de 12 % un an plus tôt. Dans un pays où la hausse des prix a longtemps été vécue comme une fatalité structurelle, ce résultat a valeur de symbole. Il traduit une reconquête progressive de la crédibilité monétaire, élément central de toute souveraineté économique.

Cette décélération n’est pas le fruit d’un seul levier. Elle résulte d’un alignement rare de facteurs favorables : appréciation marquée du franc congolais, reflux des prix internationaux du pétrole et des céréales, mais aussi et surtout maintien prolongé d’une politique monétaire restrictive, parfois critiquée pour son impact sur le crédit et l’investissement. La BCC a tenu le cap, acceptant le coût politique de la rigueur pour restaurer l’ancrage nominal.

Le franc congolais, de variable subie à instrument stratégique

Autre fait notable : la trajectoire du franc congolais. Une appréciation de plus de 30 % sur le marché interbancaire en un an constitue un événement presque inédit dans l’histoire monétaire récente du pays. Longtemps symbole de vulnérabilité, la monnaie nationale est redevenue un actif recherché, portée par une meilleure gestion de la liquidité et une demande accrue en CDF.

Cette évolution n’est pas neutre. Elle modifie les comportements économiques, réduit l’indexation informelle au dollar et redonne à la BCC une marge de manœuvre accrue. Mais elle pose aussi une question de fond : jusqu’où cette appréciation est-elle soutenable sans nuire à la compétitivité, notamment dans un pays encore très dépendant des exportations minières et des importations de biens essentiels ?

Une croissance solide, mais encore déséquilibrée

Avec une croissance estimée à 5,6 %, la RDC reste dans le peloton de tête des économies africaines. Le chiffre est respectable, même s’il marque un léger ralentissement par rapport à 2024. Plus instructive que le taux lui-même est sa composition : dynamisme de l’administration publique, résilience industrielle, montée progressive des activités hors secteur extractif.

C’est là un signal encourageant, mais encore fragile. La diversification économique reste embryonnaire, et la croissance demeure largement dépendante de la dépense publique et de facteurs exogènes. La stabilité macroéconomique retrouvée crée une fenêtre d’opportunité ; elle ne garantit pas, à elle seule, une transformation structurelle.

L’assouplissement monétaire : prudence plus que triomphalisme

La baisse du taux directeur de 17,5 % à 15 % est sans doute la décision la plus commentée. Elle marque la fin d’un cycle de resserrement et l’entrée dans une phase d’ajustement fin. Rien de brutal, rien de spectaculaire : les réserves obligatoires restent inchangées, signe que la BCC avance à pas comptés.

Ce choix révèle une institution plus mature, consciente que la crédibilité se perd plus vite qu’elle ne se construit. En desserrant l’étau sans relâcher la vigilance, la Banque centrale envoie un message clair : le soutien à l’activité est possible, mais jamais au prix d’un retour à l’instabilité.

Une stabilité à défendre, pas à célébrer

Avec des réserves internationales à 7,9 milliards de dollars soit trois mois d’importations la RDC dispose aujourd’hui d’un coussin de sécurité appréciable. Mais l’histoire économique congolaise invite à la modestie. La stabilité n’est pas un acquis définitif ; c’est un équilibre précaire, constamment exposé aux chocs politiques, sécuritaires et externes.

La véritable question n’est donc pas de savoir si 2025 fut une “bonne année”, mais si cette trajectoire peut être prolongée. Cela suppose une coordination renforcée entre politique monétaire et politique budgétaire, une gestion rigoureuse des finances publiques et, surtout, une capacité à traduire la stabilité macroéconomique en amélioration tangible des conditions de vie.

En 2025, la BCC a montré qu’elle savait tenir la barre. En 2026 et au-delà, c’est l’ensemble de l’État économique congolais qui devra prouver qu’il sait naviguer.

Rédaction

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