dimanche, mai 17, 2026

RDC : 145 milliards de dollars de PIB d’ici 2030, pari audacieux ou trajectoire réaliste ?

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Par la rédaction

La République démocratique du Congo peut-elle doubler la taille de son économie en moins de cinq ans ? C’est l’ambition affichée par Adolphe Muzito, ancien Premier ministre et actuel vice-premier ministre, ministre du Budget, dans une récente tribune largement relayée. Chiffres à l’appui, il affirme que la RDC pourrait atteindre 145 milliards de dollars de Produit intérieur brut (PIB) à l’horizon 2030. Une projection qui suscite à la fois espoirs et interrogations.

Une croissance portée par les mines… mais pas seulement

Depuis plusieurs années, la RDC affiche des taux de croissance parmi les plus élevés d’Afrique, oscillant entre 6 et 8 %, principalement tirés par le secteur minier (cuivre, cobalt, or). Cette dynamique a permis au PIB national de dépasser les 70 milliards de dollars, contre moins de 50 milliards une décennie plus tôt.

Pour Adolphe Muzito, cette croissance n’est pas conjoncturelle mais structurelle. Selon lui, la combinaison de la demande mondiale en minerais stratégiques, de la stabilisation macroéconomique et de l’amélioration progressive des finances publiques crée les conditions d’un changement d’échelle.

La clé : la pression fiscale et la mobilisation interne

Au cœur de sa démonstration figure un indicateur longtemps considéré comme le talon d’Achille de l’État congolais : la pression fiscale. Actuellement estimée autour de 10 à 12 % du PIB, elle reste bien en dessous de la moyenne africaine.

L’objectif du gouvernement est clair : porter progressivement cette pression fiscale à 15 %, puis au-delà, sans alourdir excessivement la charge sur les ménages, mais en élargissant l’assiette fiscale, en luttant contre la fraude et en intégrant davantage le secteur informel.

Si cette stratégie aboutit, les recettes publiques pourraient quasiment doubler, permettant à l’État d’investir davantage sans dépendre exclusivement de l’aide extérieure ou de l’endettement.

Routes, énergie, services publics : le pari des infrastructures

Autre pilier de cette trajectoire vers 145 milliards de dollars : l’investissement massif dans les infrastructures. Routes nationales, corridors économiques, énergie, ports et chemins de fer sont présentés comme des leviers essentiels pour stimuler la production, réduire les coûts logistiques et intégrer le marché intérieur.

« Une économie ne croît pas durablement sans routes », résume un économiste congolais interrogé. En facilitant la circulation des biens et des personnes, les infrastructures peuvent transformer des zones aujourd’hui enclavées en pôles de production agricole, industrielle ou commerciale.

Un budget de l’État en forte progression

Le budget de l’État connaît lui aussi une croissance significative. En quelques années, il a plus que doublé en termes nominaux. Cette évolution, selon Muzito, traduit une meilleure mobilisation des ressources internes et une volonté politique de planifier à long terme.

Santé, éducation, sécurité, rémunération des agents publics : l’augmentation du budget vise aussi à renforcer la demande intérieure, condition indispensable pour une croissance inclusive.

Mais à quel prix pour les Congolais ?

La perspective d’un PIB à 145 milliards de dollars soulève une question centrale : que changera réellement cette croissance dans la vie quotidienne des Congolais ?

Sur le papier, une économie plus grande signifie :
• plus d’emplois formels,
• des revenus moyens en hausse,
• une capacité accrue de l’État à financer les services sociaux,
• et une réduction progressive de la pauvreté.

Mais les experts restent prudents. Sans amélioration de la gouvernance, sans redistribution équitable et sans diversification économique, la croissance pourrait rester concentrée dans quelques secteurs et profiter à une minorité.

Un objectif ambitieux, conditionné aux réformes

L’objectif de 145 milliards de dollars n’est donc ni une simple promesse politique ni une certitude acquise. Il repose sur plusieurs conditions : stabilité macroéconomique, discipline budgétaire, lutte contre la corruption, amélioration du climat des affaires et paix durable.

La trajectoire est possible, estiment certains analystes, mais le temps est compté. D’ici 2030, la RDC devra prouver que sa croissance peut être à la fois rapide, soutenable et inclusive.

Entre espoir et exigence

La tribune d’Adolphe Muzito a le mérite de poser le débat sur des bases chiffrées et stratégiques. Elle invite surtout à un changement de regard : la RDC ne doit plus seulement être perçue comme un pays riche en ressources, mais comme une économie capable de planifier, de produire et de redistribuer.

Reste à savoir si cette ambition se traduira, au-delà des projections, par une transformation concrète du quotidien des Congolais.

Rédaction

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