dimanche, mai 17, 2026

Gouvernance du risque : quand l’Afrique de l’Est teste la solidité de ses banques centrales

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Par-delà les discours protocolaires, le mot d’ouverture prononcé par André Wameso à Kinshasa à l’occasion du lancement de l’atelier d’évaluation du dispositif de gestion des risques et de continuité des activités de la Banque Centrale du Congo (BCC) marque un moment révélateur de l’état d’esprit qui traverse aujourd’hui l’intégration financière régionale.

Du 16 au 20 février 2026, les banques centrales des pays membres de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) se réunissent non pas pour célébrer des succès, mais pour passer au crible l’un des piliers les plus sensibles de toute architecture financière moderne : la capacité à résister aux crises, à anticiper les chocs et à continuer de fonctionner lorsque tout vacille.
Le risque, nouveau langage de la crédibilité

Dans un monde bancaire globalisé, la crédibilité d’une banque centrale ne se mesure plus seulement à la stabilité de sa monnaie, mais à la solidité de ses mécanismes internes face à l’imprévisible : cyberattaques, pannes systémiques, crises de liquidité, catastrophes naturelles ou turbulences géopolitiques.

L’atelier de Kinshasa n’est donc pas un exercice bureaucratique. Il s’inscrit dans une logique stratégique : construire une culture régionale du risque, où chaque banque centrale est évaluée selon des standards comparables, où les failles sont documentées et où les bonnes pratiques circulent.

Le fait que la BCC soit la 7ᵉ banque centrale de la série à se soumettre à cet exercice traduit une dynamique d’alignement progressive au sein de l’EAC. Ce n’est plus la souveraineté solitaire qui prime, mais la souveraineté partagée de la stabilité financière.
Pourquoi la continuité des activités est devenue cruciale

Longtemps, les banques centrales africaines ont fonctionné dans une logique de réaction : on gère la crise quand elle survient. Aujourd’hui, la donne a changé. Les marchés financiers, les systèmes de paiement et les réserves de change sont désormais interconnectés à l’échelle régionale et mondiale. Une panne à Nairobi, Dar es Salaam ou Kinshasa peut avoir des répercussions immédiates ailleurs.

La continuité des activités, c’est la capacité d’une institution à maintenir ses fonctions essentielles paiements, supervision bancaire, politique monétaire même dans un contexte dégradé. Pour des économies où la bancarisation progresse et où les paiements numériques explosent, un arrêt prolongé équivaudrait à une paralysie économique.
La BCC sous le regard de ses pairs

En accueillant cet exercice d’évaluation, la Banque Centrale du Congo accepte de se soumettre au regard critique de ses homologues. C’est un acte politique autant que technique. Il signifie que la RDC ne veut plus être perçue comme un maillon fragile de l’espace financier régional, mais comme un acteur engagé dans la convergence des normes.

La transparence que suppose ce type d’évaluation est, en elle-même, un gage de maturité institutionnelle. On ne renforce pas la confiance des marchés et des investisseurs par des slogans, mais par des mécanismes vérifiables.
Vers une stabilité régionale mieux armée

Au fond, cet atelier de Kinshasa raconte une histoire plus large : celle d’une EAC qui comprend que l’intégration économique ne peut être durable sans une intégration des risques. Harmoniser les pratiques, identifier les vulnérabilités, partager les solutions voilà le socle d’une stabilité financière régionale crédible.

Si cette dynamique est menée jusqu’au bout, l’Afrique de l’Est pourrait se doter d’un système bancaire central plus résilient, mieux préparé aux crises futures, et donc plus attractif pour les capitaux productifs.

La gestion du risque n’est plus un luxe technocratique. Elle est devenue le langage moderne de la souveraineté économique. Et à Kinshasa, cette semaine, ce langage s’est exprimé avec une clarté nouvelle.

Rédaction

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