dimanche, mai 17, 2026

RDC : Le dangereux réveil budgétaire de janvier 2026

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L’année 2026 n’aura pas attendu longtemps pour livrer son premier signal d’alarme. En République démocratique du Congo, le mois de janvier s’achève sur un chiffre lourd de menaces : un déficit de trésorerie de 1.037,5 milliards de francs congolais, soit près d’un demi-milliard de dollars. Un trou abyssal, supérieur de près de 350 milliards CDF au déficit déjà programmé. Plus qu’un dérapage, c’est un déséquilibre structurel qui s’installe dès le premier mois de l’exercice.

Cette contre-performance est d’autant plus inquiétante qu’elle n’est pas le fruit d’un choc extérieur brutal. Elle est le résultat mécanique d’un État qui dépense plus qu’il ne collecte, et ce malgré des prévisions déjà généreuses.

Des recettes fragiles face à des prévisions irréalistes

Sur le papier, l’État espérait mobiliser 1.895,6 milliards CDF en janvier. Dans les faits, il n’en a encaissé que 1.632,1 milliards, soit 86 % de l’objectif. Un écart de 263 milliards CDF en seulement 31 jours.

Cette sous-performance révèle une réalité persistante : la mobilisation des recettes reste structurellement faible, malgré les réformes répétées, la numérisation annoncée des régies financières et l’élargissement proclamé de l’assiette fiscale.

L’économie congolaise est encore largement informelle, les exonérations prolifèrent, la fraude reste endémique et la pression fiscale pèse surtout sur un nombre restreint d’entreprises formelles. Dans ces conditions, construire un budget sur des hypothèses de croissance des recettes trop optimistes relève davantage du volontarisme politique que de la rigueur économique.

Une dépense publique qui refuse la discipline

Mais le véritable cœur du problème est ailleurs : la dépense publique.

En janvier, l’État a décaissé 2.669,6 milliards CDF, soit 103,3 % de ses prévisions mensuelles. Autrement dit, le gouvernement a dépensé plus que ce qu’il s’était lui-même autorisé, alors même que les recettes étaient inférieures aux attentes.

Cette logique est économiquement suicidaire. Elle signifie que les plafonds budgétaires ne sont pas contraignants, que la programmation financière est ignorée dès qu’une urgence politique, sociale ou administrative surgit.

Or, un État qui ne maîtrise pas ses dépenses dans un contexte de recettes fragiles s’expose inévitablement à une dérive dangereuse : le financement monétaire ou l’endettement intérieur.

Le silence inquiétant de la Banque centrale

Le plus troublant reste l’opacité qui entoure le financement de ce déficit. La Banque Centrale du Congo a publié les chiffres du gouffre, mais pas la manière dont il a été comblé.

Trois options existent :
• des avances de la BCC (création monétaire),
• un endettement intérieur via les bons du Trésor,
• ou des ajustements de trésorerie sur les comptes publics.

Chacune de ces solutions comporte des risques. La création monétaire alimente l’inflation. L’endettement intérieur assèche la liquidité bancaire et renchérit le crédit à l’économie. Les ajustements de trésorerie sont temporaires et masquent la réalité.

Le silence de la BCC nourrit donc une inquiétude légitime : le déficit de janvier pourrait déjà peser sur la stabilité monétaire.

Un signal dangereux pour toute l’année

Janvier n’est pas un mois comme les autres. Il fixe le rythme budgétaire. Lorsqu’un État démarre l’année par un dérapage de plus de 1.000 milliards CDF, il consomme prématurément ses marges de manœuvre.

Cela signifie que pour le reste de l’année, le gouvernement devra :
• soit resserrer brutalement les dépenses, au risque de bloquer des services publics,
• soit s’endetter davantage,
• soit laisser filer la création monétaire.

Dans tous les cas, ce sont les ménages qui paieront la note, via l’inflation, la dépréciation du franc congolais et l’érosion du pouvoir d’achat.

La consolidation budgétaire, un mot vide ?

Officiellement, la RDC est engagée dans une trajectoire de consolidation budgétaire, soutenue par ses partenaires internationaux. Mais les chiffres de janvier racontent une autre histoire : celle d’un État qui continue de vivre au-dessus de ses moyens, en repoussant la facture vers demain.

Ce déficit n’est pas un simple accident. Il est le symptôme d’un mal plus profond : l’absence de discipline budgétaire, la faiblesse de la mobilisation fiscale et l’incapacité à hiérarchiser les priorités de dépense.

Si ce signal d’alerte n’est pas pris au sérieux, 2026 pourrait devenir une année de fortes turbulences économiques.

Le mois de janvier a parlé. La question est désormais politique : le pouvoir écoutera-t-il l’avertissement des chiffres, ou continuera-t-il à gouverner à crédit ?

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