Par-delà les discours diplomatiques et les slogans de développement, une réalité s’impose désormais avec la force d’un fait stratégique : l’Afrique est entrée dans l’ère des minéraux critiques et donc dans celle de la puissance.
Le dernier Mining Indaba du Cap l’a confirmé sans ambiguïté. Géologues, ministres, industriels, investisseurs et institutions financières ont tenu un même langage, sous des formes différentes : le futur économique, industriel et géopolitique de l’Afrique se jouera dans ses sols, mais surtout dans ce qui reliera ces sols aux villes, aux usines et aux marchés. Autrement dit : dans les corridors.
Cette bascule, l’écosystème d’Expobeton Salon des villes, corridors et zones économiques spéciales l’avait anticipée bien avant qu’elle ne devienne un consensus international.
Pourquoi les “minéraux critiques” changent tout
On ne parle plus aujourd’hui de simples minerais, mais de minéraux critiques. La nuance est fondamentale. Le cuivre, le cobalt, le lithium, le manganèse, le nickel, le graphite ou les terres rares ne sont plus seulement des matières premières : ils sont devenus les fondations physiques de la transition énergétique, de la révolution numérique et des systèmes de défense.
À l’Indaba, la lecture était limpide :
• Pour les États-Unis, ces minéraux sont une question de sécurité nationale, car ils alimentent les batteries militaires, les semi-conducteurs et l’armement de pointe.
• Pour l’Asie, ils sont le socle du leadership industriel, des véhicules électriques à l’intelligence artificielle.
• Pour l’Europe, ils conditionnent la transition climatique et la survie de ses chaînes industrielles.
Et l’Afrique dans tout cela ?
Elle concentre une part décisive des réserves mondiales… mais reste encore trop souvent le maillon le plus faible de la chaîne de valeur.
Le paradoxe africain : riche en ressources, pauvre en transformation
L’un des messages les plus puissants de l’Indaba n’a pas été prononcé explicitement, mais il planait dans toutes les discussions :
l’Afrique est la région du monde où l’urbanisation et la croissance démographique sont les plus rapides, mais où la consommation de ciment, d’acier et de métaux est la plus faible.
C’est une contradiction explosive.
Le continent va devoir construire des centaines de millions de logements, des milliers de kilomètres de routes, de chemins de fer, de lignes électriques, de villes nouvelles. Pourtant, il continue à exporter du minerai brut pour ensuite importer du béton, de l’acier et des équipements à prix fort.
Chaque cargo de cuivre, de fer ou de cobalt qui quitte l’Afrique sans transformation industrielle est une inflation future, une dépendance prolongée et une perte de souveraineté.
Les corridors : la vraie bataille géopolitique
C’est ici que les corridors logistiques prennent une dimension historique. À l’Indaba, une idée s’est imposée :
les corridors africains ne doivent plus être conçus uniquement pour exporter vers l’Europe, la Chine ou les États-Unis. Ils doivent relier les économies africaines entre elles.
Transporter le cuivre et le cobalt vers la Zambie, l’Angola, la Tanzanie, la Namibie et l’Afrique du Sud, ou le fer vers le Gabon, le Soudan du Sud, l’Ouganda et le Kenya, n’est pas un simple exercice logistique : c’est un projet de recomposition industrielle du continent.
Lobito : l’épine dorsale de l’Afrique industrielle
Dans ce contexte, le corridor de Lobito change la donne.
Pour la première fois dans l’histoire moderne, un axe structurant traverse l’Afrique d’Est en Ouest, reliant la RDC et la Zambie au port angolais de Lobito.
Mais ce n’est pas qu’un chemin de fer. C’est une épine dorsale industrielle. Il permet :
• la circulation des minerais,
• leur transformation régionale,
• l’exportation de produits semi-finis et finis,
• et surtout la création de marchés africains intégrés.
Le succès du corridor Lobito–Dar es-Salaam, de ses ramifications vers les zones agricoles et minières et de ses pôles urbains, constituera le véritable test de la coopération africaine.
Quand l’Afrique parle d’une seule voix
Les responsables politiques l’ont compris.
Gwede Mantashe, ministre sud-africain des Mines et du Pétrole, l’a dit sans détour :
l’Afrique dispose des minerais, l’Afrique du Sud apporte technologie, ingénierie, financement et expérience.
Louis Watum, ministre congolais des Mines, a fixé la ligne rouge :
les accords sur les minéraux critiques, notamment avec les États-Unis, doivent créer des filières industrielles locales, pas seulement exporter des matières premières.
D’où les projets stratégiques lancés par la RDC dans le fer, le ciment et le béton.
On ne bâtit pas une nation avec des roches exportées.
On la bâtit avec des routes, des usines, des villes.
Les investisseurs changent de logiciel
Même les géants miniers l’admettent désormais.
Pour Glencore, comme l’a expliqué Marie-Chantal Kaninda, les majors ne cherchent plus seulement des mines, mais des écosystèmes complets : exploration, production, transformation, logistique, énergie, villes.
C’est exactement là que la vision d’Expobeton prend tout son sens.
Le béton comme instrument de souveraineté
En mettant au cœur de son projet :
• les villes,
• les corridors,
• les zones économiques spéciales,
• le ciment, le béton, l’acier et l’énergie,
Expobeton a compris que la vraie bataille africaine ne se joue pas seulement sous terre, mais au-dessus du sol, dans la transformation de la matière en infrastructures, en industries et en emplois.
Les minéraux critiques donnent à l’Afrique une puissance géologique.
Les corridors comme Lobito peuvent lui donner une puissance économique.
Les zones industrielles, le béton et l’acier lui donneront une puissance politique.
L’Afrique ne demande plus sa place.
Elle est en train de la construire.
Rédaction


