En marge des Assemblées de printemps du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, la réunion du G-24 du 14 avril 2026 aura mis en lumière une tension désormais centrale pour les économies émergentes : comment conjuguer transformation économique, inclusion sociale et création d’emplois dans un monde à la fois numérisé et instable.La participation du Gouverneur de la Banque Centrale du Congo, André Wameso, à ces échanges n’est pas anodine. Elle illustre l’importance croissante des pays africains dans les débats économiques globaux, mais aussi l’urgence des défis auxquels ils sont confrontés. Car derrière les discours sur la « transformation inclusive » se cache une réalité plus complexe : celle d’économies encore vulnérables aux chocs externes, tout en étant sommées d’entrer de plain-pied dans la révolution technologique.
L’intelligence artificielle : levier de croissance ou facteur d’exclusion ?
Au cœur des discussions, l’essor de l’intelligence artificielle soulève autant d’espoirs que d’inquiétudes. D’un côté, elle promet des gains de productivité considérables, une modernisation des services publics et une meilleure intégration dans les chaînes de valeur mondiales. De l’autre, elle menace de creuser les inégalités existantes, en remplaçant des emplois peu qualifiés sans offrir immédiatement des alternatives.Pour les pays en développement, le risque est double : subir une désindustrialisation prématurée et voir leur main-d’œuvre marginalisée dans une économie globale de plus en plus automatisée. La question n’est donc plus de savoir s’il faut adopter ces technologies, mais comment le faire sans sacrifier une génération de travailleurs.Cela suppose des investissements massifs dans l’éducation, la formation professionnelle et les infrastructures numériques. Mais surtout, cela exige une vision politique claire : faire de la technologie un outil au service du développement humain, et non l’inverse.

Les secousses géopolitiques, un frein silencieux à l’emploi
À ces mutations technologiques s’ajoute un facteur d’incertitude majeur : la crise au Moyen-Orient. Ses répercussions économiques, bien que souvent indirectes, sont profondes. Hausse des prix de l’énergie, perturbations des chaînes d’approvisionnement, ralentissement des échanges : autant de variables qui pèsent lourdement sur les économies fragiles.Pour les pays émergents, ces chocs se traduisent par une contraction de l’activité économique et, inévitablement, par une pression accrue sur le marché du travail. L’emploi devient alors la variable d’ajustement d’un système global sur lequel ces pays ont peu de prise.Dans ce contexte, la notion même de « transformation inclusive » apparaît comme un objectif ambitieux, mais fragile. Elle ne peut être atteinte sans une stabilisation minimale de l’environnement international.
Le rôle des institutions internationales : entre engagement et crédibilité
Face à ces défis, les engagements réaffirmés par la direction du FMI et de la Banque mondiale en faveur d’une coopération renforcée sont bienvenus. Mais ils posent une question essentielle : celle de la crédibilité de l’action internationale.Les pays membres attendent plus que des déclarations d’intention. Ils réclament des mécanismes de financement adaptés, des politiques moins contraignantes et un véritable partenariat fondé sur la co-construction des solutions. L’époque où les modèles économiques étaient imposés de manière uniforme semble révolue. Place désormais à des approches différenciées, ancrées dans les réalités locales.Pour des pays comme la République démocratique du Congo, riches en ressources mais confrontés à des défis structurels persistants, l’enjeu est de transformer ce soutien en opportunités concrètes : diversification économique, industrialisation, et surtout création d’emplois durables.

Une équation encore ouverte
La réunion du G-24 aura au moins eu le mérite de poser les termes d’une équation complexe : comment naviguer entre innovation technologique, instabilité géopolitique et impératif social ?La réponse ne pourra être ni uniquement nationale, ni exclusivement internationale. Elle reposera sur un équilibre subtil entre politiques publiques ambitieuses, coopération multilatérale renforcée et responsabilisation des acteurs économiques.Dans cette transition, les pays émergents ne doivent pas être de simples spectateurs des transformations en cours. Ils doivent en devenir des acteurs à part entière, capables de définir leurs priorités et de défendre leurs intérêts.Car au-delà des discours, une réalité s’impose : une transformation économique qui ne crée pas d’emplois et ne réduit pas les inégalités ne saurait être qualifiée d’inclusive. Et c’est précisément sur ce terrain que se jouera, dans les années à venir, la crédibilité des stratégies économiques globales.
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