dimanche, mai 17, 2026

RDC : des recettes en hausse, mais une discipline budgétaire toujours à reconstruire

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Par-delà les chiffres flatteurs affichés au 31 mars 2026, les finances publiques de la République démocratique du Congo racontent une histoire plus nuancée celle d’un État capable d’améliorer la mobilisation de ses ressources, mais toujours confronté à une gestion des dépenses difficile à maîtriser.

D’un côté, la performance est indéniable. Avec 2.119,4 milliards de francs congolais mobilisés en un mois, soit près de 863 millions de dollars, les régies financières dépassent largement les assignations fixées. Ce résultat témoigne d’un effort réel de consolidation fiscale. La Direction Générale des Impôts (DGI) confirme sa place centrale dans l’architecture budgétaire congolaise, portée par les recettes fiscales classiques, tandis que la Direction Générale des Douanes et Accises (DGDA) profite du dynamisme des échanges commerciaux. Quant à la DGRAD, souvent reléguée au second plan, elle démontre que les recettes administratives et parafiscales constituent un levier non négligeable.
Ces résultats ne doivent rien au hasard. Ils traduisent des progrès dans la collecte, une meilleure traçabilité des flux, et, dans une certaine mesure, un élargissement de l’assiette fiscale. Pour un pays où la mobilisation des ressources internes reste un défi structurel, ce signal est encourageant.

Mais cette embellie s’arrête là où commence la réalité des dépenses publiques.
Car dans le même temps, l’État a dépensé 3.125,5 milliards de CDF, soit un dépassement spectaculaire de 43 % par rapport aux prévisions. Ce dérapage n’est pas anecdotique : il est symptomatique d’un déséquilibre chronique. Les charges salariales, à elles seules, absorbent plus de 1.275 milliards de CDF, confirmant le poids écrasant de la fonction publique dans le budget national. À cela s’ajoutent des dépenses diverses, souvent difficiles à contenir dans un cadre de gouvernance encore en consolidation.

Le contraste est saisissant : une machine fiscale qui gagne en efficacité, face à une machine budgétaire qui peine à se discipliner.
Ce déséquilibre n’est pas sans conséquences. Il creuse un déficit budgétaire significatif et contraint le gouvernement à recourir à des financements complémentaires, notamment sur le marché domestique. Si cette stratégie de diversification des sources de financement peut être saluée pour sa volonté de réduire la dépendance extérieure, elle n’en demeure pas moins risquée à moyen terme. Une pression accrue sur le marché intérieur peut entraîner des effets d’éviction, voire alimenter des tensions inflationnistes dans une économie déjà fragile.

Plus fondamentalement, la situation met en lumière une problématique bien connue : en RDC, la question n’est plus seulement de mobiliser des recettes, mais de mieux les gérer.
L’enjeu est désormais qualitatif. Il s’agit de passer d’une logique de collecte à une logique de gouvernance. Cela implique une maîtrise rigoureuse des dépenses, une hiérarchisation claire des priorités, et une réforme en profondeur des charges structurelles, au premier rang desquelles la masse salariale. Sans cela, chaque progrès du côté des recettes risque d’être neutralisé par des dérapages du côté des dépenses.
La crédibilité budgétaire de l’État se joue précisément dans cet équilibre. Car au-delà des agrégats financiers, c’est la capacité du gouvernement à inspirer confiance aux investisseurs, aux partenaires, et surtout aux citoyens qui est en question.

Mars 2026 aura donc été un mois paradoxal : celui d’une performance fiscale notable, mais aussi celui d’un rappel brutal des fragilités persistantes des finances publiques congolaises.
La RDC avance, certes. Mais elle avance encore sur une ligne de crête, où chaque progrès doit impérativement s’accompagner d’une discipline accrue. À défaut, les succès d’aujourd’hui risquent de devenir les déséquilibres de demain.

Rédaction

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